Le Projet de Restauration
Pour la restauration de l'ancienne église de Voltaire
À qui veut méditer sur les aléas posthumes de la gloire, le cas Voltaire offre une ample matière.
Poète et dramaturge, c'étaient ses deux premiers titres à la postérité, mais on ne lit plus ses vers et on ne joue guère son théâtre. Les historiens modernes le saluent encore comme un précurseur, mais la Nouvelle histoire s'est détachée de la littérature.
La philosophie a intégré les Lumières, mais les philosophes le traitent en parent pauvre et n'est-ce pas un peu « la faute à Voltaire » ? Il n'a cessé d'interroger « le grand naufrage des systèmes » et s'est voulu « philosophe ignorant » contre les maîtres à penser, en préférant le doute au dogme, la recherche à l'absolu, l'incertitude intense aux vérités violentes.
De cette oeuvre hors normes, que lisons-nous le plus ? Des contes écrits en passant, auxquels il ne mettait pas son nom. Des facéties polémiques où il se dispersa et s'épuisa. Et des lettres dont il avait défendu jusqu'au bout le caractère privé lettres à l'image de sa vie : un torrent d'émotions, d'engagements, de réflexions, de questions, de passions. Mais c'est partout aussi la même évidence, y compris dans les poèmes, les tragédies et tous ces écrits délaissés : celle d'une force irréductible de défi, de résistance aux « tyrans des esprits », aux fanatismes de toute foi, à toute intolérance brutale et bornée ‹ d'une force où puiser, toujours intacte.
D'où les « Au secours Voltaire ! » de la vigilance moderne, dressés sur des pancartes ou barrant la une des journaux, dans ces moments où se joue toujours l'essentiel, la liberté, la laïcité, le pluralisme, le droit à la différence et à la dissidence. Du monument de papier à l'immatérialité du message, à l'énergie anonyme du cri public : étonnante survie d'un homme de conviction !
Une autre ironie brouillera l'image du mécréant : On va restaurer « la chapelle de Voltaire » !
C'est le nom que porte, à l'inventaire des monuments historiques, l'ancienne église paroissiale de Ferney, celle que M. de Voltaire fit rebâtir près de son château, en bon seigneur de village. Sa silhouette, familière à tous les Fernèsiens, n'est jamais entrée, c'est peu dire, dans l'imaginaire collectif oubliée, gênante peut-être.
Nous devinons que son surgissement sur ce site, et sous une forme dédoublée : l'église d'avant, l'église d'après, ici mises en balance, pourra prendre un relief incongru ou scandaleux.
Mais pour nous qui en tirons une alternative pratique en espérant l'éclairer, il y va d'un symbole concret de tolérance et d'humaine espérance.
Entre les deux façades si différentes qu'on voit illustrer cette page, la même formule circule, dans le latin des inscriptions du temps : « À Dieu Voltaire a élevé ». Mais élevé quoi ? Une seule des deux formes incarnera le « hoc templum » cette église.
Celle-ci ou celle-là ? Le litige historique est pour nous sérieux, et sa solution architecturale essentielle : la décision d'une restauration devenue nécessaire, selon l'un ou l'autre modèle, sera prise sans retour et doit engager sans réserve.
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Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps,
Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger. Puissent tous les hommes se souvenir qu¹ils sont frères !
« Prière à Dieu »,
Voltaire, Traité sur la tolérance. |
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