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Représentation de Voltaire

 

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Urbaniste

A partir de 1766 il créa le nouveau village, plus de 100 maisons.

Le Siècle des Lumières fit de l'urbanisme un art et une préoccupation.  Dans le cas particulier de la région genevoise, ce sont, à l'évidence, des considérations économiques qui furent à l'origine en 1767 du projet de ville nouvelle à Versoix par  Choiseul et Voltaire, puis de celui de Carouge en 1786 par Victor-Amédée III, roi de Sardaigne. Il s'agissait de détourner de Genève les courants économiques qui avaient fait sa fortune; l'échec de Versoix entraîna le développement de Ferney et la riposte piémontaise à Carouge.

V
oltaire, confronté à la nécessité de construire le village de sa seigneurie, réagit en homme du XVIII° siècle. Il retrouva les thèmes qu'il avait développé en 1749 et 1750 dans "Des embellissements de Paris" et "Des embellissements de la ville de Cachemire". Thèmes évoqués par les syndics de la ville de Gex qui, en 1716 déjà, considéraient "qu'il n'y a rien (...) qu'on doive tant soigner et entretenir que les places, les rues et autres lieux publics n'y aïant rien de plus commode dans les villes ny qui les embellissent davantage."

F
erney, au contraire de Versoix, ne fut pas construit à partir d'un plan d'ensemble, auparavant mûri par des architectes et des urbanistes. Aucune volonté précise, aucun modèle ne conduisirent les maîtres d'oeuvre. Les demeures furent alignées en bordure des routes de Genève-Gex et de Meyrin-Versoix. L'ensemble prit la forme d'une croix aux branches presque égales. Le carrefour des deux chemins avait été achevé en 1767 et 1768 avec l'établissement de la route de Ferney à Versoix. Le nouveau village s'édifia de part et d'autre de cette place où se trouvait la forge et le cabaret, où siégeait le banc de cour  venu de Gex. Voltaire y fit élever une fontaine publique en 1771 et chargea Léonard Racle, son architecte, du pavage des rues en 1774.

Les ateliers des artisans et les boutiques des commerçants furent concentrés le long de ces deux axes en maisons dites "en bande continue",  alors que le haut de la rue de Gex, aux abords du château, accueillit - en raison de mutations foncières favorables - les maisons individuelles ou pavillons réservés aux amis du Patriarche et construits dans de belles promenades et des jardins dans le goût qu'en avait les urbanistes du XVIII° siècle.

Voltaire fit construire et paya certaines des plus belles maisons qu'il céda à ses amis: Madame d'Hacqueville, Henri Rieu, le marquis de Florian, Etienne Deprez-Crassier.

Ses investissements  furent considérables: pour la seule année 1776, sur un total de dépenses de 221 159 £ 12s., il a consacré 144  000 £ pour quinze maisons et un théâtre (on lui doit en tout 78 maisons). Il multiplia également les prêts et les ventes de terrains à bâtir.

Pour satisfaire son "goût de la bâtisse", Voltaire  attira auprès  de lui une petite colonie
d' artisans du bâtiment, les maçons-tailleurs de pierre de Samoëns  qu'il chercha à fixer sur place. Les plus doués de ces maîtres maçons accomplirent un travail d'architecte.

Les maisons  de Ferney étaient de qualité variable: pisé, mollasse, pierre, ce que confirme leur prix: les plus courantes entre 6000 et 8000 £, les pavillons entre 8000 et 12000 £, les belles propriétés dépassaient  20 000 £. Les deux comptoirs d'horlogerie, petit et grand se démarquent des autres constructions par leur architecture spécifique.

Ce village conserva jusqu'au milieu du XX° siècle les traits marquants qu'il devait à Voltaire et au XVIII°.

Claude CASTOR.  Voltaire et les maçons de Samoëns. Une esquisse de Ferney au XVIII° siècle.
Ferney, les amis de Ferney-Voltaire, 1978.

Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps,
Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger. Puissent tous les hommes se souvenir qu¹ils sont frères !

« Prière à Dieu »,

Voltaire, Traité sur la tolérance.

 

L'absurdité de l'intolérance sera un jour reconnue, comme celle de l'horreur du vide et toutes les bêtises scholastiques. Si les intolérants n'étaient que ridicules, ce ne serait qu'un demi-mal, mais ils sont barbares, et c'est ce qui est affreux. Si je faisais une religion, je mettrais l'intolérance au rang des sept péchés mortels;


Voltaire à Schomberg, 4/8/1769

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