Seigneur de village
Une belle réussite sociale 1758-1778
"Messire François-Marie Arouet de Voltaire, chevalier, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi , comte de Tourney, Prégny et Chambésy, seigneur de Ferney." Des armes, d'azur à trois flammes d'or gravées sur le fronton de son château à côté de celles de sa nièce, Madame Denis, Dame de Ferney.
 "Le dimanche, il mettait quelquefois un bel habit mordoré uni, veste et culotte de même, mais la veste à grandes basques et galonnée en or, à la bourgogne, galons festonnés et à lames, avec de grandes manchettes à dentelles jusqu'au bout des doigts, car avec cela, disoit-il on a l'air noble".
Dans cet appareil, il allait à l'église à pas comptés, écoutait à son banc sans sourire, et s'y faisait donner de l'encensoir dans le nez. Le jour de Pâques , il commandait à Lyon six gros cierges, et rendait le pain bénit avec autant de majesté, si possible, que la "reine Clairon à Saint-Sulpice." Ses domestiques portaient une livrée de drap "d'un vert très foncé et approchant du gris de fer", les doublures étaient d'un jaune "aussi très foncé pour être moins tachant."
"Je suis né assez pauvre ... et cependant me voilà avec deux châteaux, deux jolies maisons, soixante dix mille livres de rente, deux cent mille livres d'argent comptant et quelques feuilles de chêne en effets royaux que je me donne garde de compter. Savez-vous bien qu'en outre j'ai environ cent mille francs placés dans le petit territoire où j'ai fixé mes tabernacles."
Très conscient de ses droits de seigneur - ce qui lui valut quelques ennuis avec son curé et ses vassaux à propos de chemins et d'église - Voltaire l'était aussi de ses devoirs.
Dans cet esprit, et comme ses prédecesseurs, il soutint financièrement la communauté qui, en 1759, avait perdu un procès des dîmes contre le curé Ancian de Moëns lequel avait fait emprisonner deux communiers. Le seigneur intervint en prêtant la somme de 2100 livres sans intérêt, amortissable chaque année pour 120 livres, rente d'un marais et pré à lui loués pour 9 ans.
A Pâques 1768, Voltaire remplit les "devoirs dont tout seigneur doit donner l'exemple dans ses terres, dont aucun chrétien ne doit se dispenser et (qu'il) a si souvent remplis." Passe encore d'assister à la messe, d'y communier, mais Voltaire se permit au prône de prendre la parole et haranguant l'assistance se plaignit de vol commis à son encontre. La chose ne fut évidemment pas du goût de l'évêque et même des amis parisiens du Patriarche.
Le seigneur de Ferney intervint auprès de l'administration générale et du ministre Turgot en particulier pour faire chasser du pays de Gex les commis de la Ferme générale coupables d'exactions diverses. Dans les longues et difficiles négociations, Voltaire fit intervenir son amie, madame de Saint-Julien qu'il gagna à sa cause avec une médaille du tir à l'oiseau. Le 8 janvier 1776, il pouvait écrire: "tous les alguazils de notre pays sont partis avec l'étoile des trois rois. Nous sommes libres aujourd'hui comme les Genevois et les Suisses, moyennant une indemnité que nous payons à la Ferme générale ..." La foule gessienne fit un triomphe au Patriarche qui "en pleurait d'attendrissement."
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Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps,
Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger. Puissent tous les hommes se souvenir qu¹ils sont frères !
« Prière à Dieu »,
Voltaire, Traité sur la tolérance. |
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