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Représentation de Voltaire

 

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Voltaire à Ferney

EPITRE A HORACE

Je cherchai la retraite. On disait que l'ennui
De ce repos trompeur est l'insipide frère.
Oui la retraite pèse à qui ne sait rien faire;
Mais l'esprit qui s'occupe y goûte un vrai bonheur.
Tibur était pour toi la cour de l'Empereur;
Tibur dont tu nous fais l'agréable peinture,
Surpassa les jardins vantés par Epicure.
Je crois Ferney plus beau. Les regards étonnés
Sur cent vallons fleuris doucement promenés
De la mer de Genève admirent l'étendue,
Et les Alpes de loin s'élevant dans la nue
D'un long amphithéatre enferment ces côteaux,
Où le pampre en festons rit parmi les ormeaux.
Là, quatre Etats divers arrêtent ma pensée.
Je vois de ma terrasse à l'équerre tracée
L'indigent savoyard utile en ses travaux
Qui vient couper mes bleds pour payer ses impôts.
Des riches Génevois les campagnes brillantes,
Des bernois valeureux les cités florissantes,
Enfin cette Comté, franche aujourd'hui de nom,
Qu'avec l'or de Louis conquit le grand Bourbon:
Et du bord de mon lac à tes rives du Tibre,
Je te dis, mais tous bas, heureux un peuple libre!
Je le suis en secret dans mon obscurité.
Ma retraite & mon âge ont fait ma sureté.
D'un pédant d'Anniki j'ai confondu la rage,
J'ai ri de sa sottise: & quand mon hermitage
Voyait dans son enceinte arriver à grands flots
De cent divers païs les belles, les héros,
Des rimeurs, des savants, des têtes couronnées,
Je laissais du vilain les fureurs acharnées
Heurler d'une voix rauque au bruit de mes plaisirs.
Mes sages voluptés n'ont point de repentirs.
J'ai fait un peu de bien; c'est mon meilleur ouvrage.
Mon séjour est charmant, mais il était sauvage.
Depuis le grand Edit inculte, inhabité,
Ignoré des humains dans sa triste beauté;
La nature y mourait, je lui portai la vie;
J'osai ranimer tout, Ma pénible industrie
Rassembla des colons par la misère épars.
J'appelai les métiers qui précèdent les arts,
Et pour mieux cimenter mon utile entreprise
J'unis le protestant avec ma sainte église…
Nouveaux Mélanges philosophiques. 1774 - Tome XIV, pp.76-82.

Ecrite en 1772, souvent citée, l'épître à Horace retrace le cheminement de l'oeuvre de Voltaire à Ferney.

Arrivé en 1758 dans un hameau misérable d'environ quarante feux (soit 150 à 200 personnes), il  créa de toutes pièces un village, "sa colonie" qui à son départ, en 1778, comptait plus de 900 habitants.
Il fut donc, comme il l'avait été quelques années plus tôt à Cirey puis aux Délices, architecte, entrepreneur, urbaniste, agriculteur et, dix heures par jour encore, écrivain engagé, avocat, homme de théâtre et surtout bon "seigneur de village".

Trop de raisons concoururent à son installation à Ferney pour qu'il soit possible d'en retenir une seule; l'âge (64 ans) et le désir de se fixer, de mener une vie patriarcale, d'avoir enfin une demeure à lui après un demi-siècle d'errance; le désir du roi, clairement exprimé, de ne pas le recevoir à la Cour; la présence à Genève de son médecin Théodore Tronchin et surtout de ses imprimeurs les frères Cramer; enfin la possibilité d'acheter Ferney, terre vierge où son énergie, sa puissance de travail, sa générosité aussi lui permirent, tout en faisant fructifier son patrimoine, de faire le bonheur de ses vassaux.

Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps,
Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger. Puissent tous les hommes se souvenir qu¹ils sont frères !

« Prière à Dieu »,

Voltaire, Traité sur la tolérance.

 

L'absurdité de l'intolérance sera un jour reconnue, comme celle de l'horreur du vide et toutes les bêtises scholastiques. Si les intolérants n'étaient que ridicules, ce ne serait qu'un demi-mal, mais ils sont barbares, et c'est ce qui est affreux. Si je faisais une religion, je mettrais l'intolérance au rang des sept péchés mortels;


Voltaire à Schomberg, 4/8/1769

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